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    LES CRISES DU MONDE VIVANT (suite et fin)

    EXTINCTIONS SUCCESSIVES DES ESPECES SUR LA TERRE

    Pour aller au début de l'article... 

    1. Les échelles de temps

     1.1. La Terre s’est formée il y a 4,56 Milliards d’années, un temps si long que l’esprit de l’homme est incapable de l’appréhender. "L’abîme du temps est vertigineux" écrit Charles FRANKEL, géologue et spécialiste du système solaire. La compréhension des immenses périodes géologiques est facilitée en procédant à des changements d’échelle. Une première possibilité pour balayer l’histoire de l’Univers est d’imaginer une collection de 30 livres de 450 pages chacun, dont chaque page fait un million d’années. Dans cette vision, il faut attendre le dernier paragraphe du dernier volume pour voir apparaître l’Homo sapiens et la dernière lettre du dernier mot pour présenter l’ère industrielle. Une seconde possibilité, la plus courante, propose d’assigner un âge de 150 ans à l’Univers (15 Milliards d’années) et de 45,6 ans à la Terre. Elle date les évènements avec des temps devenus accessibles.  Cette échelle va être utilisée dans les paragraphes suivants pour repérer la durée des évènements.

     1.2. Chaque espèce animale ou végétale prise individuellement a une "durée de vie moyenne" de de l’ordre de 5 à 6 millions d’années, soit 18 à 22 jours, avant de s’éteindre ou de donner naissance à de nouvelles espèces. La célèbre Lucy découverte en Ethiopie "n’aurait que" 3,2 millions d’années alors que les tous premiers primates, Orrorin et Toumaï, découverts au Kenya et au Tchad, auraient l’un 6 et l’autre 7 millions d’années. Ces quelques données suffisent à nous poser la question essentielle. L’espèce humaine serait-elle arrivée "naturellement" à la fin de son cycle de vie ?

     

    1.3. Pour l’histoire de notre lignée actuelle, celle de l’Homo sapiens, les temps sont très courts :

    ¤ L’homme moderne, apparu il y a 200.000 ans, ne se manifeste qu’il y a moins d’un jour (sur les 45,6 ans de la terre),
    ¤ La révolution industrielle, datée de 1784, est née il y a une minute,
    ¤ La révolution conservatrice, adoptée au début des années 1980, dont les conséquences actuelles sont catastrophiques sur tous les plans, n’a même pas 10 secondes d’âge. Hallucinant !

     2. Les crises du monde vivant

     

    2.1. Une "extinction de masse" désigne une période de disparition rapide et massive d’espèces pour laquelle trois critères doivent être simultanément satisfaits :
    a) Une durée d’extinction "brève" à l’échelle des temps géologiques, de l’ordre de quelques millions d’années, certes courte à l’échelle géologique mais immensément longue à l’échelle humaine,
    b) Une répartition géographique mondiale,
    c) Une importante chute de la biodiversité.

    Si les deux derniers critères sont satisfaits pour le phénomène actuel que nous connaissons et vivons, subissons et provoquons, le premier critère n’est plus du tout du même ordre de durée car le phénomène actuel se déroule avec une toute autre rapidité. La durée géologique "normale" des phénomènes antérieurs à l’espèce humaine se mesure en effet en millions d’années alors que la révolution conservatrice a tout détruit en une trentaine d’années, soit, avec le changement d’échelle, un rapport de 10 jours pour le premier contre 10 secondes pour le second, ce qui démontre l’extrême instantanéité et gravité de nos concordantes et immenses crises actuelles.

     2.2. De nombreuses extinctions de masse ont affecté le monde vivant dans les temps géologiques et elles ont entraîné à chaque fois la quasi-disparition de la vie animale et végétale. Un renouveau s’est toujours manifesté après chaque épisode, avec l’apparition de nouvelles espèces. Cinq crises biologiques majeures sont traditionnellement retenues parmi les 24 répertoriées:

    Extinctions

    Ere

    Système

    Millions d’années

    Avec conversion

    première

    Primaire

    Ordovicien-Silurien

    445

    4 ans et demi

    deuxième

    Primaire

    Dévonien-Carbonifère

    374

    3 ans et 9 mois

    troisième

    Primaire-Secondaire

    Permien-Trias

    251

    2 ans et demi

    quatrième

    Secondaire

    Trias-Jurassique

    200

    2 ans

    cinquième

    Secondaire-Tertiaire

    Crétacé-Paléocène

    65

    < 1 an : 237 jours

    RAPPEL ! Apparition de l’homme moderne

    < 1 jour !

    Deux grands ensembles de causes sont avancés pour expliquer les 5 extinctions massives antérieures à la nôtre, des causes biologiques comme l’effondrement de vastes systèmes écologiques et la disparition de tout le plancton, des causes physiques comme la détérioration marquée du climat et la variation du niveau des mers, la chute de grandes météorites, un volcanisme exceptionnel, la configuration particulière des plaques continentales. Il ressort des recherches géologiques et paléontologiques que "la cause unique" de l’extinction n’est pas la plus probable et que les causes multiples sont les plus crédibles, comme la coïncidence de plusieurs évènements extrêmes.

     2.3. Les cinq extinctions antérieures à la nôtre sont dues à des causes présentées succinctement ici :

    - A la fin de l’Ordovicien, les causes semblent être une grande glaciation et la présence de grandes mers épicontinentales.
    - Pour la fin du Dévonien, les causes ne sont pas connues.
    - A la fin du Permien, l’extinction qui constitue la plus grande crise entre toutes, pourrait être due au rassemblement de toutes les masses continentales en un seul mégacontinent, la Pangée, empêchant la circulation des eaux océaniques, facteur de régulation des climats, au volcanisme et aux Traps de Sibérie, ainsi qu’à une déstabilisation des hydrates de méthane des fonds marins.
    - A la fin du Trias, l’extinction n’est pas expliquée.
    - A la fin du Crétacé, l’extinction dite KT (Crétacé-Tertiaire), est la plus médiatisée à cause de la disparition des dinosaures. Elle est là aussi due à plusieurs causes, dont bien sûr la chute d’une météorite au Mexique et la formation du cratère de Chicxulub, mais aussi au volcanisme intense sur le continent indien et au dépôt de laves, les Traps du Deccan, avec une émission importante de CO2 et de SO4 et donc un effet de serre, une augmentation de la température, des pluies acides.
     

    http://jcboulay.free.fr/astro/sommaire/astronomie/univers/galaxie/etoile/systeme_solaire/terre1/extinction/page_extinction.htm

    Arrivée imaginée de la météorite sur la terre face à un dinosaure étonné !

    Site possible d’impact de l’astéroïde

     2.4. La sixième extinction en cours, celle de l’Anthropocène, époque géologique qui fait suite à l’Holocène, présente des causes hélas simples à présenter. La forme violente des activités humaines actuelles affecte, détruit, en effet, les équilibres naturels et entraîne une augmentation du rythme d'extinction des espèces qui est au moins 100 fois supérieur au rythme naturel, un rythme qui ne cesse d'augmenter, certains biologistes renommés comme E.O. Wilson parlent même de
    1.000 fois !  D'ici à 2050, on considère que 25 à 50 % des espèces auront disparu.

     Sources : Extinctions de masse : les grands chambardements de la vie : http://www2.gglulaval.ca/; et aussi, http://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/paleontologie-3/d/crise-biologique_8652 http://jcboulay.free.fr/astro/sommaire/astronomie/univers/galaxie/etoile/systeme_solaire/terre1/extinction/page_extinction.htmhttp://notre-planete.info/environnement/biodiversite/extinctions_massives.php

     3. Le temps actuel de l’espèce humaine

     Le temps funeste actuel est celui des conséquences de la révolution conservatrice des années 1980. Notons que l’expression "révolution conservatrice" a été successivement utilisée à deux reprises.

     3.1. Dans son premier sens, la révolution conservatrice, née en Allemagne entre les deux guerres, est un mouvement théorique qualifié de "préfascisme allemand" par Louis DUPEUX, historien et germaniste français (1931-2002), qui a laissé quelques travaux pionniers sur le climat culturel de l'entre-deux guerres. Tous les historiens ne sont pas d'accord sur les liens entre fascisme, nazisme, démocratie et révolution conservatrice. Louis Dupeux propose une synthèse des différents points de vue et affirme que, si la révolution conservatrice a dans une certaine mesure "préparé" le nazisme, elle n'y est aucunement assimilable. Ses études font aujourd'hui autorité dans l'examen de la nébuleuse idéologico-culturelle qui précède et prépare l'avènement du Reich hitlérien.

     3.2. Dans son sens moderne, la révolution conservatrice caractérise la période des années 1980 au cours de laquelle furent élus des chefs d'État hostiles au socialisme qui souhaitaient réduire les interventions de l’Etat dans la sphère économique et sociale. Elle est issue de la théorie économique ultra-libérale promue par Milton Friedman et fût mise en application aux Etats-Unis d’Amérique par le président Ronald Reagan de novembre 1981 à novembre 1989 et en Grande-Bretagne par la 1ère ministre Margaret Thatcher de mai 1979 à novembre 1990.

     3.3. Dans son récent livre de mars 2013, "Pharmacologie du Front National", Bernard STIEGLER développe les conséquences néfastes de la révolution conservatrice. Il estime que la crise actuelle, hypersystémique, est la plus grande qu’ait jamais connue l’humanité, car elle combine plusieurs crises, financière, industrielle, environnementale, climatique, géopolitique, gouvernementale, démographique.

     

    Les auteurs et les acteurs de la seconde révolution conservatrice

     

     

     

     

    Milton Friedman, économiste américain (1912-2006)

    (http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Friedman)

    Margaret Thatcher et Ronald Reagan à Camp David en 1986

    (http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution conservatrice-sens moderne)

     3.4. Bernard Stiegler explique que cette révolution a "consisté à détruire les systèmes de protection sociale et les législations, à prôner la délocalisation des appareils de production, à susciter la haine entre les peuples, à liquider les cohésions sociales, à monter les générations les unes contre les autres, qu’elle a créé toutes les conditions pour discréditer le politique et l’ensemble des corps intermédiaires qui le rendent possible, qu’elle a organisé la liquidation de la citoyenneté et son remplacement par le consumérisme basé sur l’obsolescence, la jetabilité, l’imprévoyance, l’incurie." Il ajoute que "le Front National est le symptôme d’un immense mal-être, que les idées de ce parti, partagées par 37% des français d’après un sondage de mai 2012, dominent dans une population dont il n’est plus pris soin depuis longtemps et qui souffre massivement d’un manque d’attention, qui est négligée et se néglige elle-même, qui se laisse aller face à l’incurie généralisée du laisser faire n’importe quoi et du laisser tout passer." 

    Il ajoute qu’il n’est pas imaginable que les facteurs critiques de la crise hypersystémique soient surmontés sans que chacun d’entre nous, chacun à notre place, opère une prise de conscience, prenne ses responsabilités. Sommes-nous donc à la veille d’une 6ème extinction de masse, la disparition de l’espèce humaine, qu’elle est elle-même en train de s’infliger, ainsi que de nombreuses autres espèces vivantes ? Ou allons-nous enfin, tous ensembles, entreprendre le sursaut salvateur ?

                                                                                                                          Léon-Etienne CREMILLE le 18 avril 2013