1.
Les méfaits de l’agriculture industrielle
1.1. Les engrais de
synthèse
1.1.1. Le nitrate
d’ammonium, un engrais et une poudre à canon
Le
nitrate d’ammonium se présente sous la forme d’un sel blanc et inodore, de
formule NH4NO3, découvert en 1659 par le chimiste
allemand Hans Rudolf Glauber, qui l’avait surnommé "nitrum flammans". Un
autre chimiste allemand, Fritz Haber, parvint en 1909 à mettre au point une
méthode de synthèse de l’ammoniac (NH3) qui peut ensuite être
transformé en oxyde d’azote (NOx) puis en acide nitrique (HNO3).
Lors de la 1ère guerre mondiale de 1914-1918, l’Allemagne, isolée
des producteurs de nitrates, donne une portée industrielle au procédé Haber
permettant de fabriquer de l'ammoniaque à partir de l'azote de l'air. Ce
procédé a une grande importance militaire car l'acide nitrique (HNO3)
est un précurseur de la poudre à canon et d’explosifs puissants comme le
Trinitrotoluène (TNT) et la nitroglycérine. Il a été "l’arme fatale"
de l’armée allemande lors de la guerre avant d’être massivement recyclé en
agriculture. Le sel d’ammonium (NH4) et le nitrate (NO3)
servent en effet à la fabrication d’engrais, de l’urée (CO(NH2)2)
et du nitrate d’ammonium (NH4NO3).
En
résumé, les composés azotés, pourvus d’un grand pouvoir oxydant, entrent dans
la composition d’explosifs civils et militaires. Ils avaient été produits en
grande quantité pour la fabrication d’armes et ils vont être par la suite massivement
convertis en engrais azotés de synthèse pour l’agriculture industrielle sous le
nom d’ammonitrate.
Des sacs d’ammonitrate de 600 kg & un épandage
de l’engrais sur les cultures
1.1.2. Le nitrate
d’ammonium, sa fabrication et les dangers de son stockage
Dans
l’industrie mondiale, les engrais azotés représentent annuellement près de 100
millions de tonnes sous la forme de nombreux types de produits, liquides et
solides, parmi lesquels
l’ammoniac (NH3), le nitrate d’ammonium (NH4NO3)
et l’urée (CO(NH2)2), les plus communs. Le marché de
l’azote est actuellement dominé par l’Asie qui en consomme 6 fois plus que l’Europe.
En France, 5 à 6 millions de tonnes d'engrais azotés dont 2 millions sous la
forme d’ammonitrate, sont utilisés par an. Le leader mondiale des engrais, le
groupe Yara, en produit de l’ordre de 500.000 tonnes par an et peut en entreposer
jusqu’à 68.000 tonnes dans son usine d’Ambès vers Bordeaux. De nombreux autres entrepôts
sont répartis sur le territoire français dont 108 sont classés dangereux selon
la directive européenne Seveso, 16 d’entre eux étant situés en "seuil haut"
car ils en contiennent plus de 2.500 tonnes.
Le nitrate
d’ammonium fait partie des trafics réguliers de ports tels que Saint-Malo,
Saint-Nazaire ou Nantes. À Saint-Malo, le trafic varie de 40.000 à 60.000 tonnes
par an, soit un à deux navires par mois. La
cargaison elle-même n’est plus transportée en vrac mais en "big bags ", de grands sacs de
600 kg dotés d’une double enveloppe, censés être étanches.
Le
nitrate d'ammonium est un produit très dangereux surtout s’il est entreposé en
vrac. Le mardi
11 août 2020, l’explosion d’un stock de 2.750 tonnes a ravagé
la ville de Beyrouth, causant la mort de près de 160 personnes et faisant 6.000
blessés. Ce terrible accident n’est pas isolé. Il fait écho à l’explosion du 21
septembre 2001 de 300 tonnes de ce même produit stocké dans le hangar 221 de
l’usine AZF de Toulouse qui a fait 31 morts et 2.500 blessés.
Les silos de stockage du port de Beyrouth dévastés
par l’explosion de leur contenu & Les squelettes calcinés et tordus de
bâtiments de l’usine AZF de Toulouse
D’autres
explosions antérieures avaient déjà provoqué des dégâts considérables et de
nombreux morts dans plusieurs pays du monde. Récemment, en 2015, 173 personnes ont
perdu la vie à Tianjin, dans le nord-est de la Chine, après l'explosion d'un
entrepôt contenant plus de 2.400 tonnes de produits chimiques, dont 800 tonnes
de nitrate d'ammonium. Au XXème siècle déjà, de nombreux accidents
se sont produits. Ainsi, le 21 septembre 1921, à Oppau en Allemagne, un silo
d'une usine BASF contenant 4.000 tonnes d'un mélange de nitrate et de sulfate
d'ammonium a explosé et provoqué la mort de 586 personnes, détruisant la majeure
partie de la ville. Mais aussi, le 16 avril 1947, un navire français
transportant 2.200 tonnes de nitrates d’ammonium a explosé dans le port de
Texas City aux Etats-Unis et provoqué la mort de 576 personnes. Et encore, le
28 juillet 1947, un autre navire français transportant 3.100 tonnes du produit a
subi un incendie mais n’a la mort que de 22 personnes, le bateau ayant été
transporté au large de Brest ! Depuis la fin des années 1980, dix accidents
susceptibles d'avoir impliqué le nitrate d'ammonium ont été recensés en France.
Une liste beaucoup plus longue pourrait être établie au niveau mondial.
1.2. Les effluents
d’élevages de porcs et la formation d’algues toxiques
De
la seconde moitié du XXème siècle jusqu’aux années 2000, le système
de l’agriculture industrielle entraîne de fortes dégradations des milieux
naturels. Il pollue la mer, les eaux souterraines et superficielles, et il
provoque de puissantes émissions de gaz à effet de serre.
En
Bretagne, les déversements actuels de nitrates dans les rivières constituent
l’une des plus anciennes, des plus constantes, des plus étouffées et des plus
scandaleuses pollutions.

Une bande dessinée de 150 pages parue en 2019 très
bien documentée & Une campagne d’affichage de 2011 de France
Nature Environnement contre les pollutions
Alors
que pas moins de 3 hommes et de 40 animaux ont déjà été retrouvés morts sur les
plages bretonnes du département des Côtes d’Armor, le phénomène des algues
vertes a été soigneusement et scandaleusement passé sous silence tant par les
élus des structures agricoles, FNSEA en tête, que par les lobbies de
l’agro-industrie, les élus du peuple et l’administration. Une journaliste
courageuse et tenace, Inès Léraud, et le dessinateur Pierre Van Hove ont mené
une longue enquête de terrain de plusieurs années. Ils ont fait intervenir des
lanceurs d’alerte, des scientifiques, mais aussi des agriculteurs et des
politiques sur les pollutions par les algues vertes. On apprend notamment que
des échantillons ont disparu dans les laboratoires, que des corps ont été enterrés
avant d’être autopsiés, que se pratiquent des jeux d’influence, des pressions
et que règne un silence de plomb.
Le
phénomène s’est atténué parce que d’une part un ramassage systématique des
algues est organisé d’avril mais il perdure toutefois dans des zones reculées
et des vasières et que d’autre part des méthaniseurs, peu nombreux, sont
installés qui fonctionnent avec du lisier et d’autres matières végétales en vue
de produire de l’énergie. Mais il reste
le digestat, le résidu liquide de la
méthanisation considéré comme un déchet et assez difficile à valoriser. Justement,
le lundi 17 août, un déversement accidentel de matières provenant d’une usine
de méthanisation fût à l’origine de la pollution du fleuve l’Aulne du
département du Finistère. Il s’est répandu en amont d’une prise d’eau et les
concentrations en ammoniaque des rejets ont conduit le syndicat mixte de
l’Aulne à mettre à l’arrêt l’usine d’eau potable dans la nuit de mardi à
mercredi, privant d’eau potable à leurs robinets les habitants d’une
cinquantaine de communes. A la suite de cet incident, le Préfet a diligenté une
enquête qui devra servir de référence pour éviter de nouvelles pollutions du
même genre.
1.3. Les betteraves
sucrières et l’utilisation de pesticides néonicotinoïdes
Le
climat des régions Hauts-de-France, Ile-de-France, Normandie et Grand-Est est
idéal pour la culture des betteraves sucrières dont l’utilité est hautement
contestable puisque qu’elles servent à fabriquer le sucre, un produit toxique,
mais pire encore à fabriquer du carburant. Là aussi, les méfaits de la
monoculture agriculture industrielle se manifestent du fait de conditions
inappropriées de culture. Des plants et des semences, "modifiées" pour produire de grosses quantités
de matière, sont fragiles et peuvent facilement attraper des maladies.
En
cette année 2020, s’est développée une forte présence de Myzus persicae, des pucerons verts qui transmettent par
piqûre un virus redoutable qui donne la jaunisse aux feuilles et contrarie le
processus de photosynthèse et va entraîner une perte de récolte. Il y a
sûrement des moyens biologiques de lutter contre cette maladie puisque l’on
cultive cette plante depuis des années ! Eh bien, c’est NON !
Il n’y a RIEN… Mais que font-ils donc les ingénieurs dans les Instituts
techniques ? Restent-ils confinés dans leurs systèmes de croyance, se
montrant incapables de résoudre les problèmes posés sans devoir passer, comme
dans le cas présent, par des insecticides dangereux, des néonicotinoïdes, mortels
pour les abeilles et interdits depuis 2018.
Un tas de betteraves sucrières lors d’une récolte en automne & Des néonicotinoïdes
neurotoxiques dont l’imidaclopride, le thiamethoxame et le chlothianidine

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En
2016, Barbara Pompili, alors secrétaire d'État à la biodiversité annonçait la
fin de ces insecticides tueurs d'abeilles en 2020, "quoi qu'il
arrive". Aujourd'hui, en 2020, sous la pression du puissant syndicat de la
betterave, la même Barbara Pompili, devenue ministre de la Transition
écologique, est contrainte de
revenir sur sa propre loi d'interdiction des néonicotinoïdes, un mois presque jour pour jour après
sa nomination au ministère de l'Écologie. Ce piteux retour en arrière sonne le glas de la sincérité du
pouvoir à engager une véritable révolution écologique. Pire encore, là aussi, la
décision prise relève du très court terme et atteint les sommets de la bêtise
et de la stupidité humaine car elle accélère la descente aux enfers vers un
monde invivable pour tous les êtres vivants de la terre. Le
"monde d’après", que l’on nous prédisait meilleur, a fait long feu.
2.
L’espèce humaine caractérisée par la bêtise et la stupidité
Une
partie de l’espèce humaine, celle qui dispose de connaissances importantes sur les
enjeux vitaux pour notre planète Terre, peut hélas s’apparenter aux tiques, une
dangereuse espèce parasite qui pompe le sang des humains et leur inocule des
maladies infectieuses, telles la maladie de Lyme. Elle pompe en effet le sang
de la terre, que sont le pétrole, le charbon, les gaz de schistes, et provoque
des pollutions à répétition tant des océans que des plages et des rivières
ainsi qu’un inexorable et catastrophique réchauffement climatique. Elle ne fait
rien de vraiment sérieux, n’entreprend jamais rien pour arrêter ces phénomènes.
Les ressources naturelles seront extraites jusqu’aux dernières gouttes et les
températures grimperont jusqu’à des valeurs insupportables et mortifères.
S’agit-il de bêtise, de stupidité ?
Une tique prête à piquer la peau et sucer le sang
d’un être humain & Une pompe à balancier en cours de suçage du
pétrole dans une nappe souterraine
En
septembre 2010, le journaliste libanais Nagib Aoun a publié à ce propos dans le journal L’Orient-Le Jour une chronique
qui reste toujours d’une brûlante actualité : "De la bêtise humaine". L’auteur note avec justesse que pour
les trois religions monothéistes : "Dieu, Allah, Jéhovah, trois noms pour un même
Créateur, trois parcours pour une même référence, un triptyque qui se veut réunificateur
mais qui n'arrête pas, depuis des siècles, de drainer toutes les
incompréhensions, toutes les haines du monde." Et il poursuit : "Le monde est
fou : on le savait depuis longtemps, depuis que les guerres déciment des
populations entières, depuis que des cerveaux dérangés accaparent les pouvoirs,
mobilisent les opinions au nom d'idéologies suicidaires ou de messages divins
dont ils sont, comme de juste, les seuls récipiendaires..." C’est vrai ! Rappelons-nous
en effet les injonctions écrites dans la Bible : "Dieu les
bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et
l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du
ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre."
Beaucoup
plus tôt dans le XXème siècle, Albert Einstein aurait affirmé :
"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine...
mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue." La bêtise, c’est un défaut
d’intelligence, de jugement, de bon sens. Si l’intelligence avance à coup de
questions, la bêtise, elle, veut toujours avoir le dernier mot. Il faut se
faire à cette réalité que l’espèce humaine est caractérisée par sa bêtise
infinie, mais aussi par sa stupidité incorrigible. Sur ce dernier aspect, le
professeur d’histoire économique de l’Université de Californie à Berkeley,
Carlo Maria Cipolla, a publié en 1976, le livre "Les lois fondamentales de la stupidité humaine" qui est le
résultat d'un effort constructif visant à détecter, à connaître et peut-être à neutraliser
l'une des plus puissantes forces obscures qui entravent le bien-être et le
bonheur de l'humanité", à savoir la stupidité, laquelle écrit-il constitue
la plus grande menace pour l’humanité.
Léon-Etienne CREMILLE le 29 août 2020