|
|||
Par une délibération du 21
mars 2013, le Syndicat Intercommunal des Eaux du Bas-Roubion (SIEBR) demande
l’ouverture d’une enquête publique en vue de la révision des périmètres de protection
de son captage des Reynières situé sur la commune de Bonlieu-sur-Roubion
(Drôme). 1.
LES DOCUMENTS PRESENTES DANS LE DOSSIER 1.1. On
peut tout d’abord regretter que les documents mis à disposition du Public soient
anciens, que les études hydrogéologiques de référence datent des années 1990.
On déplore en outre qu’aucune courbe d’évolution du niveau d’eau dans l’ouvrage,
qu’aucune courbe de l’évolution de la teneur en nitrates, qu’aucun tableau de
la présence des pesticides, ne soient présentés. 1.2. L’Hydrogéologue
agréé a fourni son rapport le 21 octobre 2009. Il propose un Périmètre de
Protection Eloignée plus étendu que celui de l’ancien rapport. Il souhaite
ainsi tenir compte du fait que l’alimentation en eau du captage provient,
surtout en basses eaux, de la nappe des alluvions anciennes Fy et que l’altération
de la qualité de l’eau prélevée est due aux pollutions diffuses. Ces alluvions Fy
se caractérisent en effet par une pollution très élevées en Nitrates,
avoisinant souvent les 100 mg/l, due aux pollutions diffuses que génère le
système de l’agriculture industrielle caractérisé par des apports très
importants d’engrais nitratés mais aussi de pesticides et d’eau d’irrigation. 2.
L’ALIMENTATION EN EAU POTABLE ET LA LUTTE CONTRE LES POLLUTIONS DIFFUSES 2.1. La
DREAL Rhône-Alpes, Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et
du Logement demande explicitement dans
un document édité le 11 octobre 2012 "de
ne pas confondre" deux procédures
de protection, celle très ancienne des périmètres de protection, adaptée à
la lutte
contre les pollutions ponctuelles et accidentelles,
et
celle très récente des captages
prioritaires, initiée par le SDAGE
RMC et le Grenelle de l’Environnement, adaptée à la lutte contre les pollutions
diffuses. Dans la première procédure,
sont élaborés trois périmètres de protection (PPI, PPR et PPE) de nature hydrogéologique
et administrative tandis que dans la seconde est considérée l’Aire
d’Alimentation des Captages (AAC) constituée par tout le territoire de
« capture » des eaux prélevées dans l’ouvrage. Du fait des
contraintes réglementaires, les périmètres de protection et notamment le PPE sont
d’une étendue moins grande que celle de l’AAC. En outre les mesures préconisées
ne sont pas du tout les mêmes dans l’une et l’autre procédure, surtout en ce
qui concerne les pollutions diffuses. 2.2. L’Hydrogéologue
agréé (HGA) s’est trouvé confronté en fin d’année 2009 à devoir délimiter de nouveaux
périmètres de protection et préconiser de nouvelles mesures au moment même de
la mise en place des captages prioritaires. Si l’HGA intègre mieux la zone
d’alimentation du captage, il ne dispose pas et ne propose pas de mesures efficaces
adaptées à la lutte contre les pollutions diffuses. 2.3. Il
s’avère en outre que le captage des Reynières n’a finalement pas été retenu dans
la liste des captages prioritaires du département de la Drôme au titre du SDAGE
2010-2015. Il est toutefois envisagé de l'inscrire dans le SDAGE 2016-2021 au
titre des nitrates. Aussi, pour le moment, la nouvelle démarche entreprise par le
SIEBR pour améliorer la qualité de l’eau de son captage se trouve-t-elle doublement
mise en un échec d’une part parce que la procédure "Périmètres de Protection"
en cours n’est pas adaptée et d’autre part parce que la procédure
"Captages prioritaires" ne peut pas être mise en œuvre. Il est donc
très regrettable de ne pouvoir espérer une restauration de la qualité des eaux
du captage avant 2016 au mieux. 3.
LA LUTTE EFFECTIVE CONTRE LES POLLUTIONS DIFFUSES 3.1. Les
acteurs de l’eau s’estiment être des "nains" par rapport à la
Politique Agricole Commune, la PAC, mais ils tentent toutefois d’exister tant
bien que mal face au monde agricole
majoritaire. Hélas, ils n’ont pas entrepris de comprendre les mécanismes des
pollutions diffuses et de ce fait ils n’ont pas élaboré une Politique spécifique
cohérente. Ils se raccrochent à ce que préconise la profession majoritaire,
l’amélioration de pratiques agricoles au sein de leur système, structurellement
polluant. Dans ce cadre, il apparaît que l’aide des acteurs de l’eau à la
création d’aires de lavage des pulvérisateurs conforte le système dans sa
structure polluante et se trouve être contre-productif. Les acteurs de l’eau ont toutefois
quand même compris, heureusement, que le système de l’agriculture biologique,
qui n’utilise ni engrais ni pesticides de synthèse et qui est respectueux de la
vie des sols, constitue une véritable opportunité pour l’amélioration de la
qualité des eaux. C’est une solution qu’ils promeuvent activement à travers
leurs aides dans les AAC. Encore faut-il que les élus aient la volonté de se
lancer dans la promotion de cette agriculture-là ! 3.2. Les
acteurs de l’agriculture industrielle, qui détiennent pratiquement toutes les
Chambres d’agriculture de France, adoptent de leur côté une attitude qui
confine soit à une mauvaise foi manifeste des conséquences de leur système de
production soit à une ignorance totale des phénomènes de pollutions diffuses. Ainsi, lors d’une réunion
qui s’est tenue en avril 2010 à CLEON D’ANDRAN dans le cadre de l’Etude
d’Opportunité du Contrat de Rivière Roubion-Jabron, la position de la Vice-Présidente
de l’époque, devenue Présidente de la Chambre d'agriculture lors des dernières
élections, est sidérante ! Il faut citer son discours pour comprendre où
en sont les tenants de l’agriculture industrielle dans leur déni :
La porte de sortie proposée
en fin de discours, l’achat des terres dans l’AAC des captages, constitue "un
aveu" flagrant que 3.3. La
qualité des eaux ne pourra être améliorée que le jour où les acteurs de la
profession agricole qui exercent dans le système de l’agriculture industrielle
d’une part et où les acteurs de l’eau qui œuvrent dans les Institutions d’autre
part auront enfin tous compris qu’il existe des agricultures
et non une seule, que le système d’exploitation agricole majoritaire de type
industriel est structurellement polluant, que la solution réside dans
l’adoption de nouveaux systèmes agricoles pas ou peu polluants, tels que celui
de l’agriculture biologique. Pour le moment, le captage des Reynières ne jouit
pas de cette possibilité d’adoption de
Léon-Etienne CREMILLE le 8 juillet 2014 |
|
||
|
|